Comment faire ce qu'on aime en gagnant bien sa vie

La réponse qu'on nous donne est souvent d'être passionné par son boulot. Je propose une autre approche.

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Un freelance qui se demande bien comment allier passion et travail... Illustration [Mickaël Merley](https://mickaelmerley.com/)

Un freelance qui se demande bien comment allier passion et travail... Illustration Mickaël Merley

Choisis un travail que tu aimes, et tu n’auras pas à travailler un seul jour dans ta vie — Confucius

Mais au quotidien, c'est moins évident qu'il n'y paraît.

Spoiler alert : cet article s'adresse à ceux qui ont tendance à réfléchir plus que nécessaire. Si vous êtes satisfaits de votre situation actuelle, passez votre chemin. Mais si vous êtes ici, c'est que le titre de l'article éveille surement en vous de forts sentiments... Et puis, je n'ai aucun recul sur sa mise en application, je viens juste d'avoir une révélation, et je pose sur papier le chemin que j'aimerais suivre.

Séparation des préoccupations

Un jour, je fus appelé par Benoit Gantaume, créateur d'Artisan Développeur. C'est quelqu'un en qui j'ai beaucoup d'estime, car il a contribué à me redonner confiance et passion dans mon quotidien de dev par le biais de son excellent podcast.

En discutant, je me suis surpris à lui parler d'un principe que j'applique au quotidien. Mais aussitôt expliqué, j'ai trouvé qu'il y avait quelque chose qui clochait dans mon raisonnement.

Je lui disais que je faisais attention à restreindre le temps de création aux seules heures et jours de travail. Et comme j'ai généralement 100% de mon temps de travail qui est pris par des clients, eh bien mes créations n'avancent pas ! Quand je dis créations, je parle de l'écriture d'articles, d'open-source, et de création de vidéos.

La raison : j'ai peur de "me crâmer". Même si j'ai très envie d'avancer sur ces projets, je préfère les garder pour les périodes creuses par peur de me surcharger de travail. Notez bien cette dernière expression, c'est la clé de ma prise de conscience.

J'ai la chance d'être passionné par le développement web. C'est elle qui m'a fait découvrir, puis entrer dans ce métier, et certainement elle qui m'a donné la force d'en faire mon boulot aujourd'hui.

Mais avec le temps, le fait d'être passionné m'a aussi causé quelques problèmes. Être passionné par son travail donne l'espoir que celui-ci va pouvoir nous combler totalement. Que l'on va pouvoir bien gagner sa vie, tout en prenant beaucoup de plaisir à la tache.

Cette médaille a un revers qui peut devenir fatal : que se passe-t-il quand ça ne va plus au boulot. Si votre client, ou votre patron rejettent vos créations. Ou si vous-même vous sombrez dans le burn-out.

C'est alors une partie bien trop grande de votre vie qui chamboule. Et si vous n'avez pas les reins assez solides, cela peut mal finir. On connaît tous d'anciens développeurs qui ont tout quitté pour se lancer dans un métier diamétralement opposé.

Donc mon raisonnement tenait la route. Pour me prémunir de tout ça, je n'avais qu'à me contraindre à exprimer ma créativité que sur les 35h hebdomadaires... Et tout devait rouler.

Sauf que la frustration de ne pas libérer ma créativité devient insupportable avec le temps.

Le soir même de mon appel avec Benoit, je poursuis la lecture du livre "Hell Yeah, or No." de Dereck Sivers, et je tombe sur un article qui me permet enfin de comprendre mon erreur.

En réalité, ma philosophie faisait la fusion de 2 besoins :

  • Celui de la stabilité, représenté par le job
  • Celui de la créativité, représenté par l'art en tant que développeur

Dereck Sivers propose une autre approche : séparer les préoccupations.

L'idée est très simple : trouver un job qui paye bien, et passer autant de temps que possible pour l'expression de votre art.

Le job pour le cash

Si vous êtes comme tout le monde, vous avez besoin d'argent pour survivre, et pour bien vivre. Si ce n'est pas le cas, fichez le camp et allez profiter de votre situation privilégiée !

En tant que développeur, on a une chance inouïe. À partir d'un certain niveau de séniorité, on a autant de boulot qu'on peut en rêver, souvent dans des conditions de travail très confortables, et bien payé qui plus est.

Développeur est, à notre époque, un boulot rêvé pour bien gagner sa vie. De plus, vous avez des chances, en persévérant un peu, de trouver un moyen de travailler à temps partiel pour libérer du temps. Ou même, si vous êtes courageux et que vous le sentez, de vous lancer en freelance.

Même si vous adorez votre travail de développeur, sachez qu'il y a beaucoup d'avantages à considérer votre boulot quotidien comme ce qu'il est : un job pour gagner du fric.

Cela vous aidera à surmonter les moments difficiles, les échecs, les remises en question, les clients et patrons pas faciles, les collègues et managers qui ne veulent pas appliquer vos idées et bonnes pratiques, aussi justifiées soient-elles.

Ça ne sera pas grave, du moment que la paye tombe, et que vous avez du temps à côté pour exprimer votre art autrement, en dehors de votre job.

Il est tout à fait possible d'être un bon développeur sans aucune passion. Pas mal de devs très qualifiés que je connais font ce travail à la suite de leurs études, sans passion. Ils ont bien sûr de l'intérêt et certainement le même plaisir à accomplir de beaux programmes et faire du bon job. Mais ils ont aussi une autre qualité : plus de recul. Plus facile de garder la tête froide, de prendre de bonnes décisions, de ne pas tomber dans la hype d'une nouvelle techno au détriment de toute raison.

La passion est parfois utilisée pour de mauvaises raisons par les managers, attendant de vous que vous bossiez sans relâche, plus que de raison, et on ne pourrait pas leur en vouloir car il s'agit là de la définition même de la passion.

Et si vous n'êtes pas encore développeur, et que vous souhaitiez le devenir dans le but principal d'avoir un job pénard et bien payé, il n'y a aucun problème. Du moment que vous faites du bon boulot, personne ne pourra rien vous reprocher.

Exprimer son art par plaisir, et non pour l'argent

Que les choses soient bien claires : il n'est absolument pas obligatoire de faire du développement l'objet de sa créativité pour bien vivre en tant que développeur.

Votre art peut être absolument n'importe quoi qui permet de libérer votre créativité. Ça peut être la musique, la photographie, l'écriture d'articles, la réalisation de vidéos, pour ne citer que les lieux communs.

Certains grands noms du développement web sont des gens qui appliquent clairement cette philosophie de séparation. Qui font leur job, publient des livres de référence, donnent des conférences. Mais qui à côté de ça se donnent à fond dans leur art véritable, comme la musique.

À notre époque, c'est difficile d'imaginer qu'une personne puisse devenir célèbre à la fois dans son job, et dans son art. Pourtant, quand on étudie bien les biographies des auteurs de certains bouquins de dev ou certains grands noms, on a de belles surprises.

Votre art n'est d'ailleurs pas forcément unique. Vous pouvez en avoir deux, même trois. Du moment que vous avez assez de temps pour progresser et avoir un niveau professionnel dedans.

Car c'est la seule condition pour trouver l'équilibre : la poursuite de votre art doit être suffisamment sérieuse pour que vous en génériez aussi un revenu. Si vous êtes à fond dans la guitare, montez un groupe avec d'autres personnes sérieuses, ou même des professionnels, travaillez quotidiennement, prenez de vraies leçons, et sortez des albums, comme un pro.

Quel que soit votre art, si vous êtes bien en quête d'équilibre, il va falloir s'y donner au moins aussi sérieusement que dans votre boulot. Peut-être que ça ne marchera pas de suite, qu'il y aura beaucoup d'échecs, mais ça ne sera pas grave : vous aurez un boulot à côté.

À moins que vous arriviez à bien vivre avec un mi-temps, cela vous demandera de la discipline. Oubliez Netflix et compagnie.

Vous ne pouvez pas vous "surcharger de travail" avec votre art, ce doit être votre moyen de vous détendre. Exprimer votre créativité doit vous recharger les batteries. Si ce n'est pas le cas, demandez-vous si vous avez vraiment mis le doit sur votre art.

Si vous avez beaucoup de moyens d'expression différents, et pas assez de temps pour tous les exprimer, voici une astuce : planifiez par décennie. En 2020, votre art sera le saxophone, en 2030, il sera temps de vous mettre à la création de jeux vidéos, et pourquoi pas faire du maraichage en permaculture à partir de 2040 ? Cela aura le mérite de limiter la frustration.

Parfois, il est difficile de se décider. Voici une autre astuce. Écrivez sur un post-it chaque choix que vous n'arrivez pas à sacrifier (idéalement 2 ou 3, sinon c'est que vous êtes vraiment un gros gourmand). Prenez en deux au hasard, et posez-vous la question suivante : si, dans toute ma vie, je ne pouvais faire qu'une seule de ces deux choses, à tout jamais, laquelle je garderais. Recommencez avec les autres post-it. Généralement ça suffit pour se décider. Si vraiment ce n'est pas concevable, essayez de mener les deux (ou trois !) de front, peut-être que ça marchera, ou bien le bon se révèlera au moment où ça ne sera plus tenable.

Intersection et fusion

Il peut arriver que vous arriviez à la conclusion que votre moyen d'expression se révèle être véritablement le dev.

Dans ce cas, gardez bien cette séparation job vs art.

Faites vos journées, prenez du plaisir à développer, subissez les échecs, progressez dans votre travail, gagnez votre salaire.

Et puis, libérez du temps pour faire ce qui vous plait réellement dans le fond. Ça peut être de créer des formations en ligne, d'apprendre à coder aux jeunes collégiens, de contribuer dans des projets open-source, ou comme bien souvent, essayer de créer votre propre produit.

L'intersection, c'est l'apport que votre job peut donner dans votre art, et inversement. Faire une formation avec votre entreprise peut vous faire monter en compétences suffisamment pour que vous-même puissiez créer une formation en ligne. Ou bien la formation que vous venez de créer vous a fait passer au niveau supérieur dans votre boite.

La fusion, c'est le jour où votre art génère suffisamment d'argent pour que vous n'ayez plus besoin de votre job quotidien.

Mais rappelez-vous que même dans cette situation, il y aura des parties de votre activité qui resteront du job, et non de l'art. Vous pouvez donc diminuer le temps de job, mais probablement jamais le supprimer entièrement.

Profil de Thibaud Duthoit, développeur front-end spécialisé en React.js

Je m'appelle Thibaud Duthoit, et je suis développeur front-end depuis 6 ans, spécialisé en intégration et en React.js.

Si vous cherchez un développeur passionné, je serais ravi de prendre contact avec vous.